Dernier portrait de Modeste Moussorgski

Celui qui a vu à la Galerie Trétiakov de Moscou le portrait de Moussorgski, peint par Répine quelques jours avant la mort du compositeur, pourra-t-il oublier ce masque puissant et tragique ? J’en doute. Les oeuvres de Moussorgski témoignent, elles aussi, d’une puissance extraordinaire et d’un profond sens tragique. Il n’est donc pas étonnant que son nom évoque souvent ceux d’artistes tels que Shakespeare, Rembrandt et Dostoïevski. "Le héros de mes oeuvres, c’est la vérité", a dit Léon Tolstoï. Moussorgski pourrait, de plein droit, reprendre à son compte ces paroles. Lorsque, sous l’influence de Dargomyjski, il décida de "traduire" en musique le simple parler de tous les jours, il fit une tentative extrêmement audacieuse. Prenant la comédie de Gogol le Mariage, il essaya de la mettre en musique tout entière, sans même préparer de livret.C’est une oeuvre très hardie, étonnante à sa manière. Elle ne connut pas la popularité, ne fut même pas achevée par son auteur, mais de telles tentatives sont parfois d’une grande valeur pour le compositeur lui-même,ainsi que pour les générations suivantes de musiciens. Dans le langage actuel, on pourrait dire que ce fut une expérience créatrice d’une hardiesse exceptionnelle, dont profitèrent plus tard certains compositeurs. Prokofiev en tira notament des idées précieuses qu’il développa dans ses propres opéras. Moussorgski mourut jeune. Dans sa Khovanchtchina, le chef des schismatiques Dossiféi dit :"Brûler, c’est terrible". On ne saurait prendre ces mots à la lettre. On peut aussi brûler d’un feu intérieur, du feu de la création. C’est ce feu-là qui consumait Moussorgski. Et il brûlera longtemps encore !

Guéorgui Sviridov, compositeur.




Publié le 24 mai 2008 par Nouvel Opéra


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